Juin 2023. Après 35 ans d'élevage porcin, Colette Mercier est contrainte de fermer sa ferme familiale. La crise du porc, les nouvelles normes européennes, et surtout l'âge qui avance. À 66 ans, elle n'a plus la force physique de gérer 80 porcs seule depuis la mort de son mari Marcel en 2019.
"Le jour où j'ai vendu mes derniers porcs, j'ai pleuré pendant trois jours", raconte-t-elle. "Ces animaux, c'était toute ma vie. Je les connaissais par cœur. Leurs caractères, leurs habitudes, leurs petits grognements du matin."
Les mois suivants sont difficiles. La ferme vide. Le silence assourdissant. Plus de grognements au réveil. Plus de porcelets qui se dandinent dans la cour.
"Je me levais encore à 6h par habitude, mais il n'y avait plus personne à nourrir", confie-t-elle. "Cette ferme sans animaux, c'était comme un corps sans âme."
Un soir de novembre 2023, sa petite-fille Léonie, 7 ans et diagnostiquée autiste, vient passer le week-end chez elle. Elle pleure, refuse de communiquer. Sa mère, Claire, explique à Colette : "Elle ne supporte plus les bruits à l'école. Elle se referme de plus en plus."
Cette nuit-là, Colette ne dort pas. Elle repense à ses porcs, à leur effet apaisant. À Léonie qui adorait venir les voir à la ferme, qui riait aux éclats en les regardant se dandiner.
"Et si je pouvais lui recréer ça ?"
L'idée semble folle. Mais Colette a toujours été une femme de terrain, pas de grands discours. Elle commande des mécanismes simples sur internet. Elle achète du tissu doux. Et pendant trois semaines, dans son garage, elle crée son premier cochon interactif.